Des greffes de visage aux traces numériques

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Séminaire Phiteco, janvier 2014 - vidéos en ligne

mardi 18 mars 2014, par Cléo Collomb

Le séminaire PHITECO (Philosophie Technologie Cognition) a lieu chaque année au mois de janvier à l’Université de Technologie de Compiègne. La version 2014, organisée Cléo Collomb, Anne Lefebvre et Julie Jebeile, avait pour titre "Techniques actuelles : codage et décodage des identités relationnelles" et impliquait un partenariat entre le projet TTH et le laboratoire COSTECH.

Vous pouvez revoir les interventions de différents participants en cliquant ci-dessous :
Marjorie Gracieuse "Lévinas et Deleuze : du visage aux devenirs infinis"
Hugues Choplin "Cri ou sourire ? A partir de Lévinas, Deleuze et Blanchot"

Messages

  • Marjorie Gracieuse (University of Warwick) "Lévinas et Deleuze : du visage aux devenirs infinis"
    Cherchant à mettre en évidence l’altérité radicale d’autrui, Lévinas conçoit le visage comme « épiphanie », au travers de laquelle l’infinité de Dieu se révèle dans sa non-phénoménalité, débordant dès lors les catégories de la pensée et les limites de la perception sensorielle. Chez Lévinas, la face humaine n’est ni réductible à cet organe anatomique qui apparaît dans le monde comme objet intentionnel, ni à un concept qui me permettrait de saisir autrui dans son identité subjective. Par-delà sa visibilité, le visage est pour Lévinas l’expression impérative de la résistance éthique de l’Autre ; sa face m’interpelle dans sa nudité et vulnérabilité. En tant qu’irruption d’une infinie transcendance dans l’immanence de la finitude, le visage de l’Autre est aussi bien pour Lévinas parole de Dieu ; il implique un « Dieu envisagé », une émanation divine faisant advenir l’humanité de l’autre homme dans le Même. Cette approche éminemment métaphysique du visage, si elle permet à Lévinas de désacraliser la transcendance divine et de des-objectiver autrui en insistant sur sa radicale « sainteté » au sein même de l’immanence, tend à idéaliser la rencontre avec autrui par la dématérialisation du visage qu’elle accomplit au profit d’une « visitation » divine. Cette perspective ne nous permet pas de rendre compte de la singularité et de la pluralité des devenirs de tel ou tel visage et passe sous silence le caractère extramoral et asignifiant du corps humain. Rompant avec le présupposé majeur de l’analyse lévinassienne, Deleuze ne conçoit pas le visage comme portant la trace d’un infini qui supplie et commande, mais le pense d’abord, avec Felix Guattari, comme étant le produit contingent d’un processus normatif de visagéification.

  • Hugues Choplin (Université de Technologie de Compiègne) : "Cri ou sourire ? – à partir de Levinas, Deleuze et Blanchot"

    Il y a « quelque chose » dans le sourire que ne saurait penser la philosophie française contemporaine : voilà l’hypothèse qu’il s’agira ici de risquer. Deux étapes principales jalonneront la construction de cette hypothèse.

    1. Tout d’abord, nous suggèrerons combien les philosophies de Levinas et de Deleuze, aussi hétérogènes soient-elles, obéissent à une même exigence : faire valoir – à travers l’examen du visage – le surgissement comme tel d’un dehors. Surgissement d’un dehors que nous désignerons comme l’événement d’un cri.
    Chez Levinas, cet événement constitue précisément le visage dont le cri défait et perce le registre de la chose. Chez Deleuze, cet événement désigne bien plutôt le débordement du visage lui-même – dénoncé comme organisation ou comme uniforme – par des lignes de fuite ou des tics. Selon Deleuze, c’est ce débordement ou cette déformation (positive) du visage par le cri que les peintures de Francis Bacon s’attachent à rendre visible.
    Mais que le visage soit ainsi considéré comme la percée même de l’événement (Levinas) ou bien plutôt comme ce dont l’événement doit fuir (Deleuze), dans les deux cas s’annonce une philosophie du cri débordant ce que nous appellerons le régime de la situation et trouant le corps – en tant qu’action – qui y obéit.

    2. Aussi inventive soit-elle, cette philosophie contemporaine du cri manque, selon nous, le sourire tel qu’il est approché par certains récits de Maurice Blanchot. En effet, s’il engage également un refus du régime de la situation – et l’ouverture d’un dehors –, le sourire blanchotien ne procède cependant pas de la logique de l’événement qui prévaut dans la philosophie contemporaine, en particulier française. Précisément : relevant d’un calme et d’un silence, d’une légèreté et d’une innocence, ce sourire ouvre un autre jour sans pour autant procéder de la percée ou de la fuite événementielle d’un cri. Il restera à essayer de prendre la mesure de cette ouverture paradoxale, depuis le sourire, d’un autre jour. Serait-ce là le sourire de l’enfance ?

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